La journée qui suivit restera gravée dans la mémoire d’Annabel, Philippe et moi. Hpa-Ah n’est pas un lieu hautement touristique. Cela présente des avantages (rencontre de gens authentiques et désintéressés) et des inconvénients (personne ne parle anglais). Cela donne lieux à de superbes conversations de sourds agrémentés de regards interrogateurs et d’expression septiques. C’est bien simple, on n’est pas parvenus à comprendre ou prendre le bus pour Khiachio (Golden Rock). On a commencé par attendre, plantés au pied d’une pagode, un bus qui n’est jamais venu. Puis, à bout de patience, on a demandé de l’aide à un gentil birman pour faire face au même problème de langue…
Déjà pour arriver à prononcer le nom de la ville de manière à être compris, c’est tout un poème : il nous fallait parfois répéter 5 fois « Khiachio ? Kyaahy How ? Qui-a-chaud ? Khiiat Chô, Kyk-Hti-Yo » avec une intonation différente pour avant d’avoir droit à une étincelle de lucidité dans le regard de notre interlocuteur, suivit d’un « Aahh ! Kyaik-Hti-Yo ?! » (grand sourire) puis d’un doigt qui pointe vers un pick-up. Pick-up bondé de gens… Ce véhicule ne pouvait décemment pas rouler 4 heures jusqu'à notre destination avec tant de gens à bord.
C’est donc persuades qu’il nous déposerait à la gare routière à 5 minutes de là que nous sommes montés (soit dit en passant : Philippe a du s’installer sur le toit parce qu’il n’y avait plus de place à bord). Que néni !! On n’avait pas fait 500m que le chauffeur criait « Kyaik-Hti-Yo! Kyaik-Hti-Yo! » pour embarquer plus de monde. Dans un sursaut de survie, Phil, Annabel et moi sommes sorti de cet engin de malheur en disant PAS QUESTION DE VOYAGER DANS CES CONDITIONS ! 5 min, c’est possible, mais 4 heures ?!! Faut pas rêver !! On veut un bus, un car, un gros machin avec des coussins sur les sièges et de la place pour respirer ! » Le chauffeur nous a regardé d’un air désolé et il est parti.
On ne savait pas trop quoi faire. Il n’est pas 8h du matin et le soleil nous faisait déjà transpirer à grosses gouttes. On a attendu là, bêtement en espérant un miracle. D’autres Birman ont tenté de nous aider en arrêtant d’autres pick-up (qu’on a refuse de prendre). Au bout de 30 minutes, il fallait nous rendre à l’évidence : il n’y avait aucun autre moyen de transport pour aller au Golden Rock. Résignés, nous sommes montés dans le pick-up suivant. Heureusement, Annabelle et moi avions une place à l’avant, à coté du chauffeur. Philippe, en aventurier amusé, a opté une nouvelle fois pour le toit. Il s’est tartiné de crème solaire, a mis ses deux paires de lunettes sur le nez et c’est assis sur son sac a dos. Zou, on est partis !
Dans la voiture, il n’y avait pas de fenêtre côte passager (un rideau faisait office de protection). Le tableau de bord n’était plus qu’un élément de décoration. Plus rien ne marchait. Le compteur de vitesse, les tours minutes, la jauge d’essence, tout restait à zéro et pourtant, l’engin roulait (un peu trop vite d’ailleurs, compte tenu du poids de sa charge). Les boutons de ventilation avaient disparus. Même le vide poche laissait un trou béant à l’endroit du clip pour l’ouvrir. Seul restait l’allume cigare qui, à mon avis, ne faisait qu’ajouter au décor. Le rétroviseur, quant à lui, n’en finissait plus de se pencher à cause des vibrations et notre chauffeur passait son temps à le remettre en place. Sur le rétro, quelques colliers de jasmins parfumaient l’habitacle d’une odeur douce et agréable.
Il n’a pas fallu longtemps avant que d’autres véhicules ne s’arrêtent pour nous proposer de nous prendre (nous les blancs qui avions du pognon, les autres passagers pouvaient toujours esperer une réparation rapide!). On avait le choix entre une 4X4 blinquante, conduite par une bande de mecs aux airs de petites frappes, pour la modique somme de 100 dollars. (Je sais pas, ils ont du voir des plumes sur nos têtes et nous prendre pour des pigeons ! on leur suggerer d'aller voir ailleurs) et une Toyota (berline) conduite par un homme à la bonne bouille, pour 12 dollars. Voilà qui était plus raisonnable ! et nous voilà repartis jusqu'à ce que, 2h plus tard, son frein arrière droit ne lâche. « Ben tiens ! Ca manquait ! » s’est on dit d’un air désabusé autant qu’amusé tant la situation commençait à devenir incroyablement malchanceuse… ! Il serait peut être temps de faire une donation à Bouddha ;-)
12h30… on est arrivés fatigués, assoiffés, affamés mais somme toute en un seul morceau pas trop cabossés à … (petit test : quel est le nom de notre ville d’arrivée ?)
Nous avons posé nos sacs dans un mignon petit bungalow (cette fois-ci c’est la pauvre Annabel qui avait une cage à poule pour chambre) à deux pas de la place du village. Place sur laquelle se produisait une sorte d’évènement : un moine lisait l’histoire du bouddha à un micro amplifiant ses mots dans toutes les directions. 20 min de ce brouhaha et nous étions déjà sur les nerfs. Si bien que nous avons demandé à Nayn, notre hôte, si ca allait durer toute la journée.
- « oui, oui » a-t-il repondu avec un grand sourire.
- « et toute la nuit ?» A lancé Philippe en boutade.
- « oui, oui » répondit Nayn. Et pour qu’on ne le prenne pas pour une plaisanterie il a ajouté :
- « ca fait 3 jours que ca dure et on ne sait pas quand ca va s’arrêter ».
Là, on ne rigolait plus. Nous étions « ravis » d’avoir le privilège d’assister à ce vacarme qui semble toute fois ne gêner que nous…
A l’heure de la sieste, notre cœur balançait entre les paroles de Bouddha, la techno de la TV de la réception et les récitations des leçons de l’école monastique juste derrière notre chambre…
Que cela ne tienne : il fait trop chaud pour dormir. A la place, on a observé le jardinier couper l’herbe à la main et les enfants jouer au foot sur le gazon tout en se concentrant sur le chant des cigales, une bonne bouteille d’eau fraiche à la main (il fait si chaud qu’il nous est arrivé de boire 7 litres à 2).
Le soir nous sommes montés au sommet de la colline pour assiter au coucher de soleil de la pagode. La végétation avoisinante masquant le soleil, il fallait escalader un rocher surmonté d'un stupa pour pouvoir observer le phénomène. Mais seul Philippe a pu grimper dessus car les femmes n'y sont pas autorisées (comme beaucoup de site religieux). Annabel et moi avons du nous contanter du paysage... J'étais VEXEE!!
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