Perhentian nous voilà !! Plus le bateau approchait de l’île, plus la mer prenait des couleurs de carte postale : si turquoise et transparente que, du bateau, on pouvait voir les poissons se faire la course.

Nous avions jeté notre dévolu sur D’Lagoon, un petit hôtel sur une petite plage sauvage isolée des autres. La barrière de corail empêchant les bateaux d’approcher à moins de 100 mètres de la plage, une barquette est venue nous chercher. Notre pied au sol fait un bruit étrange : Ce n’est pas vraiment du sable ; nous marchons sur des milliers de coraux en morceau. Même si c’est interdit, je ne résiste pas à la chasse au trésor que ces merveilles me dictent de commencer. J’ai bien ramassé un kilo de coquillages ! Philippe a raison : il va falloir choisir les plus beaux et les cacher dans les bagages en priant pour que personne ne les trouve !
Les constructions ici sont toutes de bois. Elisa et Bérenger optent pour un bungalow, nous choisissons une chambre sans salle de bain qui n’offre aucune intimité (les pièces, séparées les unes des autres par une paroi en bois qui ne court pas tout à fait du sol au plafond, nous donne l’impression d’être dans un dortoir) mais dont la vue sur la mer et les palmiers fait oublier l’inconfort.

A peine installés, les masques et tubas étaient déballés, les maillots enfilés et nous étions en route vers Turtle Beach. Les routes sont inexistantes sur ce petit morceau de terre émergeant de l’eau (donc aucun véhicule – ici, pour se déplacer, on prend le Taxi Boat) et pour accéder aux autres plages, nous avons emprunté un sentier à traverser la jungle. Cette fois, Philippe est Robinson Cruzoé ! :-) Brusquement quelque chose bouge dans les feuilles. C’est quelque chose de gros qui s’éloigne sans hâte. On a la cote avec les iguanes ! Cette fois il fait 2 mètres et du bout de sa langue bleue et fourchue il nous rappelle de manière implicite que nous ne sommes pas seuls sur l’île et qu’il vaut mieux ne pas sortir des sentiers battus.

Turtle Beach, Adam et Eve Beach, D’Lagoon Beach… Il me faudrait des pages entières pour décrire en détails la diversité et la beauté de la vie sous-marine qui s’y agite ! Il y avait tant de poissons qu’on ne savait pas où regarder pour ne rien rater ! Poissons bleus, verts, jaunes, rouges, oranges, tout-en-même-temps, rayés, à pois, transparents, longs, ronds, plats, grands, petits,

énormes, minuscules, farouches, curieux, solitaires, solidaires, … aiguillettes et ses dents bleues, poissons lune et ses couleurs, poissons perroquets et sa drôle de bouche, ils sont tous incroyables ! Nous avons même eu la joie de rencontrer Némo, son père et son anémone ! Le corail, c’est aussi tout un poème ! Mauve, vert, jaune, orange, mou, dure, grand, petit, dessins en étoiles ou en tubes, en forme de bulle ou de champignon… C’est une époustouflante forêt sous l’eau !
Nous nagions tantôt dans des eaux superficielles craignant presque de nous écorcher le ventre sur les coraux, tantôt à 3 mètres entre d’énormes rochers couverts de flore et peuplés de poissons. Chaque animal, chaque plante que nous avons vue nous ont étonnés mais je voudrais décerner deux prix :

L’animal que j’ai trouvé le plus touchant : la tortue d’eau. Je priais pour avoir la chance d’en apercevoir une, au moins de loin. Ce que j’ai vu a dépassé toutes mes espérances : Elle était là au fond de l’eau, sur le sable, en train de manger des algues. Elle avait 3 fois la taille que celle que j’espérais apercevoir. Elle était si grande qu’à première vue je l’ai prise pour un rocher ! 1m50, rendez vous compte ! Et ce n’est pas tout : elle était accompagnée de 2 copines ! Il fallait plonger à 4 ou 5 mètres pour la voir de plus près (un peu difficile à cause de la pression). Elle a l’expression des yeux incroyablement paisibles et protège souvent 2 poissons ventouses (placés sous sa carapace). De temps à autres, elle décolle du sable pour venir prendre de l’air à la surface. C’est lors de l’une de ces prises d’air, qu’ayant détaché mon attention de la tortue pour voir ou se trouvait Philippe, je me suis brusquement retrouvé nez à nez avec l’une d’elle. Elle a fait comme si elle m’avait pas vue (alors que m’agitais dans tous les sens !), a fait quelques bulles et puis a replongé. Le cœur battant encore de la surprise qu’elle venait de me faire, je l’ai regardé s’éloigner.
L’animal le plus impressionnant : Bérenger, Philippe et moi étions partis à sa recherche. Nous nous flottions depuis plus de 30 minutes, mes mains étaient déjà bien fripées, mes yeux et mes voies respiratoires étaient irrités par le sel. Mon masque, trop séré, me blessait le front et puis des trucs bizarres me piquaient dans l’eau (un peu comme de petites piqures de méduses). Il est temps de faire demi-tour. Nous avions tous accepté l’idée de rentrer bredouille. Philippe nageait devant moi et brusquement, je l’ai vu se raidir, sortir les bras de l’eau pour nous faire signe de venir voir VIIIIITTE !! J’ai replongé mon masque sous l’eau et, fut saisie d’un violant sursaut d’effroi: à la vitesse de l’éclair, un requin venait de me passer dessous. « MON DIEU mais il est ENORME ! » Quand on me parlait de « Friendly Sharks », je les imaginais de la taille d’un saumon ! Ce que je venais de voir passer avait bien ma taille ! Et l’idée de voir mon bras coincé dans sa gueule était beaucoup moins friendly. « Bon ! On peut cocher la case «
nager dans la même eau qu’un requin », on s’en va maintenant ? ». Nous n’étions pas au bout de nos surprises : à 50 mètres de la plage, Bérenger nous a indiqué un banc de 8-10 bébés requins près des rochers. Ceux-là, faisant moins d’un mètre, étaient plus amicaux et nous avons nagé avec eux le long des rochers. On en aura des histoires à raconter à nos enfants, hein ?! Je vous ai raconté l’histoire des piranhas en Bolivie ? ;-)
Après toutes ces émotions, une douche froide, un bon repas sur la plage et… quelques parties de Majong (que nous avons acheté au Cambodge). A l’occasion du décorticage des règles du jeu, j’ai beaucoup pensé à mes chers grands parents qui m’ont initiée au Majong. Combien de soirées passionnantes n’avions nous pas passés sur la table de bridge, dans le petit salon frais de bon papa et bonne maman ? (souvenirs empreints de nostalgie) Sans eux à mes cotés, le jeu me parait beaucoup plus complexe. Je me réjouis de refaire une partie avec eux à notre retour. En attendant, nous ne respectons certainement pas toutes les règles mais nous passons de bons moments et rigolons beaucoup.

Nous avions prévus deux jours à D’Lagoon pour la tranquillité et la beauté du lieu, puis deux jours à Coral Bay pour sa jolie plage et son animation. Nous avons trouvé un petit bungalow à même le sable, sous les palmiers, à 10 mètres de la mer. Le matin, pour nous réveiller, nous ouvrions les portes coulissantes et, du lit, amusés par les écureuils qui se chamaillent dans les noix de coco, nous admirions le soleil se lever sur l’eau. Idyllique !