Le visage collé à la vitre de notre mini-van (pas bondé, il faut le souligner), nos yeux se sont remplis d’images ! Le paysage était si beau qu’on aurait souhaité que ce voyage soit sans fin. La route sillonnait entre les montages aux formes adoucies par un tapis de verdure si dense que l’on ne pouvait voir un tronc (eux-mêmes couverts de plantes grimpantes) dans lequel s’accrochaient les nuages. Quant, à de rares occasions on apercevait la terre, elle revêtait une couleur rouge, brique, cramoisi qui teintait étangs et rivières. En contre bas, de la route coulait le Namou et au dessus de nos têtes, le ciel plombé d’épais nuages ne gâtait en rien la beauté du paysage.

J’ai perdu le compte des arbres aux feuilles étranges que mon regard a croisé. J’ai une préférence pour l’arbre de Teck. Son coté ridicule le rend touchant : ses feuilles sont trop grandes pour ses branches si bien que quelle que soit leur nombre, on a toujours l’impression qu’il en manque. Et puis en même temps, cet arbre inspire le respect. Ces épaisses feuilles couvertes d’un léger duvet qui leur donne, une fois sèche d’étrangers reflets argentés, sont d’une solidité surprenante.

Nong Khiaw est à la hauteur de nos espérances : Perdu entre falaises et jungle, ce petit village est un trait d’union entre les 2 rives du Namou … Le panorama est enchanteur.
Nous avons passé le pont le nez en l’air pour regarder la montagne, ou en bas pour observer la rivière et les enfants qui s’y baignent. Amélie et Arnaud nous avaient recommandé la Sunset Guest house pour leur gentillesse et les treks qu’ils organisent dans la jungle, mais contre toute attente, nous avons reçus un accueil glacial et mes efforts pour arracher un sourire à la gérante sont restés vains. En dépits de cela, nous nous sommes installés dans l’un de leur joli bungalow.
Peu après avons appris avec déception que, si nous souhaitions partir en trek, il nous faudrait trouver au moins 2 personnes supplémentaires. Philippe a donc courageusement abordé chaque touriste du village mais le trek ne semblait intéresser personne.
Le soir, nous avons mangé à la guest house avec tous les nouveaux amis que cette recherche d’accompagnants nous avait permis de faire. Cette soirée eut été parfaite s’il n’y avait pas eu une totale confusion dans nos commandes de plats. Cette Confusion aura généré une tension entre les gérants et nous qui aura eu raison de notre envie de rester dans cet établissement.
Cet évènement et les difficultés que nous avons eues à trouver des gens motivés pour notre trek bien aimé auront ternis un peu notre beau souvenir de Nong Khiaw. Cette recherche fastidieuse et pénible aura duré 2 jours ! Enfin, ce trek, on l’a voulu très fort et on l’a mérité : Nous sommes partis avec Ahicha, une allemande et Adrien, un français d’un style un peu particulier.
Hôm, 21 ans, est notre guide. Le visage rond, doux et souriant, il parle un anglais impeccable. Avec beaucoup de patience, il a levé chacun des points d’interrogation que nous avions sur la jungle, le mode de vie villages tribaux, les rizières… Dans le premier village, un paysan nous a invités à prendre le thé avec sa famille. Nous sommes entrés dans sa petite maison en bambou, sans fenêtres et le sol en terre battue. La maison comptait une seule pièce quasi vide. Dans un coin, une moustiquaire nous permettait de deviner où ils dorment. Au centre, un feu de bois surmonté d’un chaudron me rappelait la chaumière des 7 nains. Le paysan, bien qu’ayant l’air relativement jeune, avait 7 enfants. 7 filles dont la plus jeune est malade. Par chance, Ahicha est médecin et, après avoir ausculté la petite, elle a déclaré que l’un de ses tympans était pourri. C’est sans gravité, mais elle doit prendre des antibiotiques (qu’Ahicha lui achètera plus tard à Nong Khiaw) si elle ne veut pas perdre l’ouïe…

A midi, nous avons étés gentiment reçus par la tante de Hôm pour le déjeuner. Au menu, Sticky Rice et vegetable. Pendant ce temps les enfants du village ont tous passé leur tête au moins une fois par la porte pour satisfaire leur curiosité. On pouvait lire dans leurs regards intrigués des questions du style « mé qu’est ce que c’est ?! ». Il faut dire que tout le long du trek, nous avons été le centre d’intérêt des autochtones (petits et grands).

De rizières en sentiers broussailleux, traversant de temps en temps de petites rivières nous sommes finalement arrivés jusqu'à un village Mongk où nous avons passé la nuit (dans une petite maison en bambou).

Pour nous laver il a fallu nous rendre au milieu du village : là ou se trouve l’un des 2 robinets publique du village. D’autres femmes s’y lavaient et trouvaient nos manières très amusantes (je me suis lavee toute habillée).

Les femmes ici se coiffent toutes de la même manière : un pompom torsadé sur le sommet du crâne (voir même juste au dessus du front).

Au repas : soupe de bambou (très amère), salade d’haricots, poulet (avec des morceaux de choix tels que le cœur, les reins, les pattes,…) et riz. Hom est vraisemblablement un très bon cuistot et il nous permet par la même occasion de gouter des recettes lao que nous n’aurions pas osées.
Nous jouions aux cartes quand nous nous sommes rendu comptes que nous étions observés par 24 yeux hostiles. En effet, il y avait autour de nous 4 gigantesques araignées (7 cm sans les pates) poilues et repoussantes à souhait. Arkk ! Elles étaient la recherches d’insectes, ces derniers étant attires par la lumière de notre ampoule, nous étions, par conséquent, obligés de tolérer nos présences respectives. J’espérais juste qu’elle ne dépasserait pas le mètre qui DOIT nous séparer et qu’il n’y en ait pas dans notre lit…
Nous nous sommes réveillés avec le chant du coq à 6h30 et déjà, femmes et enfants étaient à notre porte les yeux écarquillés. L’une des femmes devait bien avoir 50 ans et j’ai vu sa petite fille (fille de sa fille) de 3 ans lui grimper dans les bras et se mettre à lui téter le sein. Juste à coté d’elle se tenait un autre enfant a peine plus âgé. Il avait dans sa petite main maladroite, une machette… et cela ne semblait inquiéter personne… Ces choses là n’arrivent plus chez nous. Nos enfants sont-ils surprotégés ?

Petit dej : omelette, soupe de nouille aux légumes épicés, riz et salade de bambou, servis, comme à chaque repas, en quantité astronomique.
Ce matin la, il pleuvait et ce n’était pas une bonne nouvelle… Etre mouillés n’était pas tant le problème mais nous allions devoir affronter les sangsues… Je n’en avais jamais vues, mais sincèrement, je n’avais pas très envie de les rencontrer. Je me rappelais trop bien des récits de Diane au Népal et j’avais peur de frôler l’hystérie… J’ai donc enfilé mes grosses chaussures, ai passé mes chaussettes au dessus de mon pantalon, mon pantalon au dessus de mon T-shirt et nous sommes partis laissant quelques sourires amusés derrière nous.
Nous avons bien marché une heure sans croiser un seul de ses petits ennemis (J’étais soulagée quoi qu’un peu déçue pensant que je n’aurais rien à vous raconter) jusqu'à ce que notre guide s’arrête net et se retourne vers nous l’air sérieux : « There are leeches from now on. Watch your steps! » He ben, il ne s’est pas foutu de nous ! Elles étaient là, dressées sur leur ventouse arrière, leur tête fouettant l’air attendant un frôlement de notre pied pour nous grimper dessus. Malgré ma vigilance, l’une d’elle est parvenue à remonter mon bâton de marche jusqu'à ma main. Heureusement que notre hôte de la veille nous avait préparé une potion-magique à base de Lao-Lao (alcool fort très apprécié) et de sel permettant de « déventouser » les sangsues (parce que, purée, ces machins, quand ça colle, ca colle !!)
A la suite de cela, j’ai intimé à Philippe de marcher devant moi afin que je puisse surveiller ses jambes : l’inconscient était en short et j’avais peur que le produit anti sangsue dont il s’était badigeonné ne suffise pas.
Nous sommes arrivés à la rivière ou nous devions prendre le bateau ¾ h plus tard. Apres inspection, il s’avère que la seule à avoir été mordue est Ahicha (l’une des ces sales bête était même parvenue à lui remonter jusqu’aux fesses !)

Malgré la grisaille, nous nous sommes un peu baignés dans les rapides de la rivière et avons observé notre guide pêcher notre déjeuner: un repas délicieux que nous avons savouré dans un petit village. Les poules et les cannards se sont chargés du nettoyage de la cuisisne...
De retour à Nong Khiaw, nous avons récupéré les gros sacs à dos que nous avions laissés à notre hôtel et j’ai réalisé que les fourmis rouges avaient profité de notre absence pour coloniser le mien. J’y avais négligemment laissé un petit sachet de graine de sésame pourtant celé. Ce même soir, j’avais eu la grande idée de laisser mon sac dehors sous une lampe.

Je l’ai retrouvé jonché de monticules de « larves volantes » mortes (le genre de larves qui ne vivent qu’un jour et qui sont justes bons à nourrir les poissons et à nous emmerder quant on mange sur la terrasse). Y en avait partout et ca glissait dans des fentes inaccessibles de mon sac. C’était absolument répugnant et d’autant plus pénible que ces bestioles mortes servirent de garde manger aux quelques fourmis que je n’avais pas délogées…
Le lendemain, nous avons eu toutes les peines du monde à trouver un moyen de retourner à Luang Pabang. Chaque Laotien que nous interrogions nous donnait une information différente concernant les horaires, le moyen de transport (bus, mini bus ou pick-up) ou le lieu ou il fallait attendre. Au bout de 2 heures de « Qu’est ce qu’on fait ? Comment on va s’en sortir ?! », Nous étions assez de touristes (6) pour louer les services d’un mini van à un prix abordable.