Il faut dire que le temps de ces barbares sanguinaires n’est pas si loin puisqu’ils tuaient encore il y a 15 ans ! Barbares sanguinaires ? Non… le mot n’est pas assez fort. Existe-t-il un terme assez monstrueux pour qualifier des gens capables de mutiler, détruire, affamer, torturer leur propre peuple ??? Essayer de comprendre pourquoi le Cambodge était passé par un tel enfer nous a beaucoup couté. Les âmes sensibles peuvent s’abstenir de lire les deux paragraphes qui vont suivre.
C’est donc le surlendemain que nous avons visité, un peu à contre cœur, le S21. A la base, le S21 est un lycée que les Khmers rouges ont eu le culot de transformer en prison, ou plutôt, en centre de torture. C’est ici que nos pires cauchemars viennent chercher leur inspiration. Avant même que nous soyons descendus du tuck tuck, un homme, privé d’un œil, d’une oreille et dont le visage avait sans doute fondu sous l’effet d’un lance flamme, nous approchait en tendant sa casquette. Je vous épargne le reste de cette description sordide. J’ai fuit. Avec le recul, je me dis que la présence de ce mendiant est un bon moyen pour pousser les touristes récalcitrants à courir « se refugier » dans l’enceinte de la prison. Nous avons expédié cette visite étant incapables de contempler les dessins de torture infligées aux détenus, de regarder leur visages photographiés (parfois avant et après tortures), de supporter ces photos de gamins mutilés ici sous prétexte qu’ils étaient des traitres. Qui étaient les traitres ? Les ministres, les médecins, les professeurs, les riches, les nobles, les moines, les artistes, les gens portant des lunettes !! Je vous assure, ici, au S21, j’ai eu honte et peur de l’humanité.
Les cellules étaient aussi glauques que celles d’Auschwitz, traces de sang au sol pour colorer un peu l’ambiance,… Bref, vraiment QUE des horreurs. Ce n’est qu’à la fin du parcourt que nous avons eu droit à quelques explications sur les ambitions politiques et économiques des Khmers Rouges. Pol Pot voulait faire du Cambodge un état paysan, un pays producteur de riz, imposant à ses troupes de faire travailler la population et de récolter des quantités de riz dépassant l’entendement. Les troupes ne remplissant pas leurs quotas étaient arrêtés au même titre que les traitres. C’est la raison pour laquelle les militaires n’hésitaient pas à affamer le peuple pour remplir leur contrat. La population, réduite en esclavage servait aussi de moyen de transport des munitions à travers les champs de mines. Les Khmers Rouges étaient des fous, des monstres dont j’ai du mal à concevoir la cruauté. Et dire que la plupart de ses génocidaires n’ont même pas été jugés : Les procès ayant commencés 25 ans après les faits, beaucoup étaient déjà morts de vieillesse.
Je suis assez révoltée par le commerce touristique qui tourne autour de cette ignoble guerre civile. Bien souvent, ce n’est pas d’information qu’il s’agit mais de voyeurisme ! « Venez voir un camp de Khmer rouge, venez voir la tombe de Pol Pot (ce mec ne mérite même pas d avoir un nom, comment peut il avoir une tombe ?), regardez les charniers, comme c’est horrible ». et je ne parle pas de tous ces bouquins d’histoires monstrueuses que vendent des unijambistes produits par cette guerre. Bien sur, ce qu’a vécu le Cambodge est dégueulasse, mais n’est il pas plus important de comprendre pourquoi c’est arrivé plutôt que de se lamenter sur son sort ?
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