lundi 26 mai 2008

Phnom Penh

Nous prenions la route vers la capitale au petit matin. Le bus (extrêmement confortable, il faut le dire) a emprunté la route sur laquelle nous nous étions plantés la vieille. Celle-ci est manifestement un danger pour tout le monde puisque même notre bus s’est mit à glisser nous faisant joindre les mains pour qu’on ne tombe pas dans l’ornière (comme c’était arrivé à d’autres)

Nous sommes arrivés à Phnom Penh, en soirée, 13 heures plus tard. C’est une capitale animée au trafic dense et chaotique, aux trottoirs éventrés ou jonchés de véhicules en stationnement ou de marchandises des magasins ayant pignon sur rue. Des travaux en cours partout dans les rues ne semblent pas pour autant améliorer le réseau routier en piteux état ni d’ailleurs les façades souvent bien abimées des maisons. Heureusement que de temps à autre une pagode blinquante ou un musée joliment entretenu (palais royal, musée national) redore un peu le blason de cette ville qui porte encore les cicatrices du régime des Khmers Rouges.

Il faut dire que le temps de ces barbares sanguinaires n’est pas si loin puisqu’ils tuaient encore il y a 15 ans ! Barbares sanguinaires ? Non… le mot n’est pas assez fort. Existe-t-il un terme assez monstrueux pour qualifier des gens capables de mutiler, détruire, affamer, torturer leur propre peuple ??? Essayer de comprendre pourquoi le Cambodge était passé par un tel enfer nous a beaucoup couté. Les âmes sensibles peuvent s’abstenir de lire les deux paragraphes qui vont suivre.

Nous avons commencé par visiter les « killing fields » où étaient envoyés, à terme, tous les détenus de la prison S21. Cet endroit n’était autre qu’une succession de description d’horreurs, d’exposition d’éléments presque voyeuristes dont nous nous serions volontiers passés: nous étions accueillis sur les lieu par un monument aux morts ; une sorte de tour de verre à l’intérieur de laquelle des centaines de crânes avaient été classés par âge et par sexe (genre : « Female - 10 to 15 years old), il nous fallait ensuite passer entre d’énormes trous à coté desquels des pancartes indiquaient « ici ont été découverts 400 corps sans têtes » ou « 150 corps de femmes nus étaient entassés ici » ou « c’est ici que les enfants étaient battus à morts ». En lisant ces monstruosités, j’ai soudain constaté que je marchais sur des vêtements à demis enterrés. Je me suis rappelée avec horreur ce que spécifiait le Lonely Plante : ce sont les vêtements des corps mal enterrés ! J’ai fait un bon en arrière et ai réalisé que le site était couvert de ce genre de surprises glauques. Il est temps de partir de cet endroit maudit ! D’autant plus que Philippe, qui couvait quelque chose depuis la veille, ne s’est pas senti bien du tout. Il a fallu qu’on rentre dare dare à l’hôtel où il a dormi le reste de la journée, assommé par ses 39,4 de fièvres. Je dois dire que n’ayant jamais vu Philippe malade, j’ai flippé ! Heureusement, grâce à la formidable trousse à pharmacie que la sœur de Philippe nous avait composée avant notre départ, il était sur pied en 2 jours… Merci, Diane, d’avoir pensé à tout !

C’est donc le surlendemain que nous avons visité, un peu à contre cœur, le S21. A la base, le S21 est un lycée que les Khmers rouges ont eu le culot de transformer en prison, ou plutôt, en centre de torture. C’est ici que nos pires cauchemars viennent chercher leur inspiration. Avant même que nous soyons descendus du tuck tuck, un homme, privé d’un œil, d’une oreille et dont le visage avait sans doute fondu sous l’effet d’un lance flamme, nous approchait en tendant sa casquette. Je vous épargne le reste de cette description sordide. J’ai fuit. Avec le recul, je me dis que la présence de ce mendiant est un bon moyen pour pousser les touristes récalcitrants à courir « se refugier » dans l’enceinte de la prison. Nous avons expédié cette visite étant incapables de contempler les dessins de torture infligées aux détenus, de regarder leur visages photographiés (parfois avant et après tortures), de supporter ces photos de gamins mutilés ici sous prétexte qu’ils étaient des traitres. Qui étaient les traitres ? Les ministres, les médecins, les professeurs, les riches, les nobles, les moines, les artistes, les gens portant des lunettes !! Je vous assure, ici, au S21, j’ai eu honte et peur de l’humanité.

Les cellules étaient aussi glauques que celles d’Auschwitz, traces de sang au sol pour colorer un peu l’ambiance,… Bref, vraiment QUE des horreurs. Ce n’est qu’à la fin du parcourt que nous avons eu droit à quelques explications sur les ambitions politiques et économiques des Khmers Rouges. Pol Pot voulait faire du Cambodge un état paysan, un pays producteur de riz, imposant à ses troupes de faire travailler la population et de récolter des quantités de riz dépassant l’entendement. Les troupes ne remplissant pas leurs quotas étaient arrêtés au même titre que les traitres. C’est la raison pour laquelle les militaires n’hésitaient pas à affamer le peuple pour remplir leur contrat. La population, réduite en esclavage servait aussi de moyen de transport des munitions à travers les champs de mines. Les Khmers Rouges étaient des fous, des monstres dont j’ai du mal à concevoir la cruauté. Et dire que la plupart de ses génocidaires n’ont même pas été jugés : Les procès ayant commencés 25 ans après les faits, beaucoup étaient déjà morts de vieillesse.

Je suis assez révoltée par le commerce touristique qui tourne autour de cette ignoble guerre civile. Bien souvent, ce n’est pas d’information qu’il s’agit mais de voyeurisme ! « Venez voir un camp de Khmer rouge, venez voir la tombe de Pol Pot (ce mec ne mérite même pas d avoir un nom, comment peut il avoir une tombe ?), regardez les charniers, comme c’est horrible ». et je ne parle pas de tous ces bouquins d’histoires monstrueuses que vendent des unijambistes produits par cette guerre. Bien sur, ce qu’a vécu le Cambodge est dégueulasse, mais n’est il pas plus important de comprendre pourquoi c’est arrivé plutôt que de se lamenter sur son sort ?

Pour nous changer les idées, nous avons visité le très beau mais très petit musée national, Suivi de la visite du palais royal et de quelques pagodes qui n’arrivent pas à la cheville de ceux que nous avons vus en Birmanie.

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