mercredi 14 mai 2008

Pakxe

On était sensés faire le trajet de Tha Keck en 7h, on en aura mis 2 de plus… J’aurai bien foutu une paire de claques au chauffeur qui s’arrêtait tranquille pour manger son déjeuner, son 4h, aller saluer un pote, faire son petit marché sur le bord de la route… Ah ! et le bus ! Tout un poème ! Le moins qu’on puisse dire c’est que le vieux tacot avait dû rendre de bons et loyaux services. Enfin, y a un moment où il faut accepter que les choses ont fait leur temps et qu’ils sont bons pour la casse : il y avait des trous dans le plancher, les 2/3 des sièges étaient éventrés, la mousse de certains d’entre eux était imbibée d’eau à cause des fuites dont souffrait le plafond et les vitres (il pleuvait ce matin là), une fissure parcourrait le pare-brise de droite à gauche comme un éclair déchire le ciel, l’horloge digitale hors d’usage avait été remplacée par une horloge à aiguille, la TV était inexistante - OUF - (exceptionnel pour ces gens friands de clips vidéos et séries abrutissants et sur-joués), … Bref, je vous laisse imaginer la tête du moteur qui d’ailleurs a rendu l’âme à 10 km de l’arrivée. Heureusement que notre touriste de chauffeur avait les outils de réanimation nécessaires pour permettre à notre bus de terminer sa course.

Pendant la pause « réparation », j’observais une femme à la pompe à essence en train de faire le plein d’une étrange mobylette : c’était comme si l’engin était couverte de plumes. Lorsqu’elle a remis son moteur en route, ces plumes se sont agitées dans un bruit de poulailler. J’étais horrifiée : en réalité, il y avait une cinquantaine de coqs et poules vivants attachés par les pattes et suspendus tête en bas de part et d’autre de la mobylette. Ce n’est pas la première fois que Philippe et moi sommes témoins de scènes cruelles concernant les animaux : singes arrachés à la jungle, attachés à un arbre et réduits à l’état d’animaux domestiques, des camions entiers de chiens en route pour le Vietnam où ils seront mangés, un cochon aux 4 pattes solidement attachées entre elles, déposé sur la marche inferieure d’un sawngthaew (camion faisant office de bus très utilisé au Laos) ou des porcs que l’on débarque en les poussant hors du bateau et qui se cassent les pattes sous leur propre poids au contact avec le sol, des Oiseaux-Yoyo, attachés au bout d’une ficelle, que des enfants s’amusent à envoyer en l’air pour les faire voler puis, en tirant sur la ficelle, les ramènent brutalement au sol... Sans être aussi engagés que Brigitte B, cette maltraitance nous a souvent choqués.

Paxe. Ah ! On a bien aimé cette ville. D’abord parce qu’on a rencontré Bône, un Laotien naturalisé français qui nous a raconté sa fascinante histoire : Bône est né ici, à Paxe, dans une famille aisée. Il avait 10 ans quand il a dû fuir le pays vers la Thaïlande en raison des troubles politiques qui secouaient le pays (1973). Séparé de ses parents pendant plusieurs années, il a vécu dans des camps de réfugiés, dans des familles d'accueil avant s’envoler vers l’Allemagne puis la France en compagnie de sa mère et de ses sœurs. Ses premiers mois en Europe, il les a vécus en clandestin, c'est-à-dire, enfermé dans une pièce ne sortant que pour acheter de la nourriture. Apres bien des déboires, il a obtenu un permis de séjour et la vie a repris de jolies couleurs vives. Aujourd’hui, il a 40 ans et son père, se voyant vieillir, lui demande de revenir au Laos : il voudrait que son fils (unique héritier étant donné que les filles n’ont pas ce droit au Laos) reprenne la gestion de ses biens terrestres et immobilier. Malheureusement, Bône, aujourd’hui plus Français que laotien, ne veux pas revenir vivre dans ce pays qui ne lui rappelle que de sombres souvenirs.

Il nous expliquait aussi qu’il ne se sentait pas libre ici : les relations interpersonnelles sont extrêmement réglementés et ne laissent la place ni à la spontanéité ni à l’expression de l’émotion. Dire ce qu’on pense ne se fait pas, s’énerver ne se fait pas non plus et pourtant, parfois il y a de quoi : dans le travail par exemple : pour les laotiens, trop travailler est mauvais pour la tête. Ce qui explique pourquoi nous avons si souvent vu des laotiens dormir sur leur lieu de travail. Le plus drôle étant sans doute cette caissière d’un petit supermarché que nous ne sommes pas parvenus à réveiller. Nous avons donc pris une bouteille d’eau dans les rayons et avons laissé la sommes due sur le comptoir. Ca va même plus loin : selon le Lonely Planet, les laotiens ne tiennent pas l’éducation en très hautes estime (trop penser est mauvais). Les colons français le disaient déjà en 1900 : Le vietnamien plante le riz, le cambodgien le regarde pousser et le laotien l’écoute…

Quoi qu’il en soit, pour en revenir à Bône, étant donné qu’il gère le personnel de l’hôtel que nous occupions, il disait parfois frôler l’hystérie avec ces employés qui estiment normal de ne travailler qu’à moitié, ou qui quittent leur poste quand bon leur semble pour aller faire une course et qui démissionnent au moindre coup de sang exprimé.

Au contact de Bône, nous avons beaucoup appris tant sur l’histoire du Laos que sur la mentalité de son peuple. C’était vraiment chouette.

Nous avons visité le important site de la culture pré-Angkor dans la région de Champasak (situé à 1h de mobylette de Paxe). Considéré comme l’un des joyaux du Laos, la beauté des vestiges que nous y avons découverts nous a donné un avant gout des splendeurs que nous réserve les ruines d’Angkor au Cambodge. Ce sanctuaire Khmer Hindou est petit comparé au site monumentaux que nous verrons au Cambodge mais il n’est pas moins envoutant : avec ses escaliers bordes d’arbres en fleurs, ces temples à l’ombre de la jungle de la colline, la vue incroyable qu’offre le sommet du site… Nous avons beaucoup aimé cet endroit. Et puis notre pneu arrière a eu la gentillesse d’attendre que nous soyons de retour à Paxe pour crever. Ouf !

Le jour suivant nous partions à la découverte des champs de cafés et des chutes d'eau du plateau de Boloven. Malheureusement, nous n’avons pas eu la même chance que la veille avec le soleil : d'épais nuages lui barraient le passage et nous laissaient deviner que, tôt ou tard, nous passerions un « humide » moment sur notre pétrolette…

Tat Fan Cascade… Le simple fait de l’entendre nous donnait le vertige : ici 2 torrents fous font une chute de 120 m et s’écrasent au creux d’une gorge dans un époustouflant fracas. En raisons des nuages (décidément, ils nous embêtent) qui ne dévoilaient qu’un petit morceau de la cascade à la fois, nous avons décidé de nous en approcher. Pour cela il nous fallait descendre dans la gorge… Grand mal nous en prit car, si nous avons bien rigolé en raison la pente (ou devrais-je dire le toboggan) boueuse et horriblement glissante qu’il nous fallait descendre (et qui aura finalement eu raison de notre envie de nous approcher davantage), Philippe a déchiré son pantalon et nous sommes revenus à la mobylette couverts de terre.

Les cascades que nous avons vues ensuite étaient moins grande (haute), mais certainement pas moins jolies. Grâce aux sentiers balisés, nous approcher de cette énorme masse d’eau tombante ne dépendait plus que de notre témérité. L’impacte de l’eau avec le sol était si puissant qu’un violent courant d’air chargé de milliards de petites gouttelettes trempait tout en moins de temps qu’il ne faut pour le dire et dissuadait toute approche à moins de trente mètres. Cette humidité constante est évidement idéale pour la flore et, à en juger par le dense tapis vert qui couvrait les alentours de la chute, la place était chère ! :-)

Dans un élan d’aventure dont Philippe a été l’instigateur, nous avons entrepris de remonter la rivière (il y avait d’autres chutes, plus petites, en amont) et ce, à travers champs de café et broussailles (j’ai hurlé quand j’ai vu une première sangsue sur mon pied – j’éprouve une telle répulsion pour ces pots de colle !). Et vous savez quoi ? On a fini par se perdre :-/ il a fallu qu’un brave fermier vienne à notre secour. Avec un large sourire (amusé d’avoir trouvé, au milieu de son champ de café Arabica, deux blancs, tout penauds, emballés dans du plastique-K-Way) et ses quelques mots d’anglais on est parvenus à se comprendre et il nous a conduit jusqu'à la piste qui menait à l’entrée du site.

La 3eme et dernière chute que nous avons vue était du même acabit que la seconde à ceci près qu’elle nous a donné de voir une féroce attaque de fourmis sur un mille pattes pourtant 15 fois plus grand !

Au retour, nous avons pris la drache à laquelle nous nous attendions depuis notre réveil. Pour ceux qui croient qu’en tant que belge, on a l’habitude de la pluie, je tiens à spécifier que s’il pleuvait en toujours en Belgique comme il pleut ici pendant la Mousson, Bruges serait sous eau :-) Ici, en 1 minute, la route se transforme en torrent et la visibilité se réduit à cinq mètre : c’est un mur d’eau qui nous tombe sur la tête.

1 commentaire:

Famille Thomasset-Craps a dit…

Ahhhhhhh que la pluie belge me semble douce, agréable et familière!
Merci car en ce moment justement elle n'hésite pas à montrer le bout de son nez comme ça sans prévenir et même au milieu d'une magnifique journée ensoleillé...la vilaine.