Après Mandu, nous avons eu la pire idée du voyage: nous rendre à Ujjain. Le voyage avait déjà mal commencé étant donné que j'étais assise entre Philippe et un indien qui tentait par tous les moyens de me toucher en mettant ça sur le dos du monde qu’il y avait dans le bus. Les pieds croisés, il me caressait les jambes (difficile de dire s'il essayait de se détendre les orteils ou s'il y avait réellement une intention de contact). Je n'ai réellement compris que c’était un « vicelard » que quand j'ai senti ses doigts tendus, cachés par ses bras croisés, sur mes côtes. Malgré mon regard mauvais et le "You STOP this" ferme de Philippe, il est allé jusqu’ à me toucher la poitrine en descendant du bus. Là, folle de rage, je l'ai rattrapé, engueulé et il rigolait bêtement avec ses copains faisant mine de ne pas comprendre. J'ai fini par tourner les talons, consciente que faire un scandale pouvait mal se finir: je ne suis pas chez moi ici...
On a eu un mal fou à trouver un hôtel: les prix du premier avaient doublé par rapport à ce qu’annonçait le lonely, le second sentait l'urine et était trop cher pour ce que c'était (le proprio s'est d ailleurs vexé à cette réflexion), et nous avons trouve le 3eme au bout de 2 km de marche avec nos sacs. C'est bien parce que nous n'avions aucune autre option que nous avons pris une chambre là: c'est le pire hôtel que j'ai jamais fait: le lit, dur et minuscule avait des draps déjà utilisés, des gens avaient craché sur les murs (*voir explication ci-dessous), le vinyle était déchiré par endroit, la chambre était peuplée de moustiques et, à en juger par la poussière qui y traînait, avait rarement été nettoyée. Dans la salle de bain, c'était presque pire: le fond des toilettes était noir de selles, la planche ne tenait pas en place, la baignoire n'avait plus de pommeau de douche et était brunie dans le fond, des touffes de cheveux traînaient partout et obstruaient les évacuations d'eau... et pour couronner le tout, la ville entière était à l'image de cet hôtel! Jamais les gens ne nous ont regardé avec autant d'insistance, de sourires moqueurs (même les enfants), jamais je n'avais vu tant de doigts pointés dans ma direction, tant de sourcils froncés. Cette ville était bruyante, sale, en ruine, même... A fuir!! Et pourtant c'est une ville sainte au même titre que Varanasi!
Moi j'étais pétrifiée, je ne voulais plus sortir de la chambre. Même manger, je n'ai pas pu... J'ai cru devenir folle. Il fallait partir d ici! Et on a sué pour y parvenir (je vous épargne les détails de nos pérégrinations pour obtenir les tickets de train). Nous avons, avant de prendre le train, eu le temps d aller voir le célèbre temple de Ujjain. Moi, trop mal, j'ai choisi de laisser Philippe y aller seul et de l'attendre à l'entrée du temple ou je suis devenue l'attraction du coin: les gens se plantaient devant moi en me regardant fixement les bras croises, certains ont insiste pour me prendre en photo. Au retour de Philippe, nous avons eu la chance de faire la connaissance des lépreux assis à terre juste à côté. Ils nous tendaient la paume de leurs mains (les doigts leur en étaient tombés) espérant quelques roupies. J'ai honte d'avouer que j'ai eu peur et que je me suis enfuie.
* Il faut savoir qu'à part déplacer la poussière (Les indiens passent leur temps à balayer et mettre la poussière chez le voisin. Comme le voisin fait de même,on tourne en rond), le sport national est le lancer de crachat (en raclant de préférence les glaires du fond de la gorge). Bon nombre d'entre eux mâchent une sorte de poudre de noix de Betel mélangé à du sucre et des épices, ce qui donne à leur salive une teinte rougeâtre et donne l'impression qu'ils saignent des gencives. Il crachent ensuite le trop plein de salive au sol, au mur, sans se préoccuper de l'endroit où ils se trouvent (dans la rue, un musée, un train en marche, chambre d'hôtel...)
lundi 18 février 2008
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