dimanche 10 février 2008

Premieres impressions de Laetitia

Ayant déjà « affronté » l'Inde, j'ai cru que j’étais blindée, j'ai cru que je pourrais gérer la pauvreté, la souffrance, la crasse, la mort que l’Inde nous montre impudiquement au quotidien. J'ai cru aussi que le harcèlement dont tout touriste est victime ne m'atteindrait pas. J'ai cru... je me suis lourdement trompée et la violence de la claque que j'ai prise en pleine figure n’en fut que plus grande!

Je me vois encore parcourant les photos de ce voyage que j'avais fait il y a 8 ans, ne ressentant rien d autre qu’une forme de nostalgie. Je ne voyais, à ce moment là, aucun inconvénient à réitérer l'expérience. Sans doute parce que cela faisait partie d'une réalité passée. Il en fut tout autrement à la seconde ou, à Zurich, j'ai mis le pied sur le vol qui nous emmenait à Delhi : cette réalité est soudainement redevenue présente et mes angoisses ont commencé. Mon Dieu! Quelle idée avais je eue de vouloir retourner la bas???

Dans l'avion, l'heure approche... le capitaine vient de nous informer que nous allons atterrir dans 10 minutes et que les toilettes sont maintenant inaccessibles. Zut! Je devais justement y aller. Bon... pour 10 minutes, ça attendra. Sauf que les 10 minutes se sont transformées en 30 et qu’à la sortie de l avion, les seuls WC accessibles se trouvent dans la zone de transit ou l'on m interdit l'accès malgré le fait que je commence à virer au violet tellement je dois y aller... il a fallu encore attendre de passer la douane et quand j'ai vu la file, j'ai failli tourner de l'oeil. Philippe, impuissant, me supportait en m'encourageant à faire la respiration de femme enceinte... :-#. BREF, quand nous avons enfin récupéré nos sacs, je me suis jetée sur ce qui semblait être une magnifique toilette tartinée de mer... et de poussière (toilette manifestement hors d'usage et en travaux puisqu’il n'y avait ni chasse ni seau d'eau).

Déjà, dans l'aéroport, l'odeur caractéristique de l'Inde se fait sentir (mélange d'encens, d'épices, d'urine, de crasse...). WELCOME BACK! Nous avons partagé le taxi (qui nous a fait goûter aux joies du trafic indien) avec Moon, une espagnole un peu hippie qui se rendait aussi dans le Pahaganj (quartier glauque mais animé près de la gare de New Delhi) et malgré l'heure tardive, (il devait bien être 1h du matin), nous avons trouvé une auberge sans trop de mal. Je suis, malgré cela, restée transie d'angoisses jusqu’à ce que nous quittions Delhi. Heureusement que Philippe gardait son calme. Il m'a beaucoup aidée à retrouver la sérénité.

Début du voyage : Ici comme en Angleterre, les gens roulent à gauche, mais, en Inde, connaître cette information n'a aucune importance ! Quelle que soit la densité du trafic, les gens dépassent sur la bande d'en face, se poussent pare-chocs contre pare-chocs, roulent à contre sens et dans ce cas de figure vont jusqu’a klaxonner pour que tu te « bouges de là » et le laisse passer, le tout dans un brouhaha cacophonique de klaxons en tout genre. Ils vont même jusqu’à s encourager à être un terroriste sonore en indiquant a l arrière de leur véhicule des slogans du genre « Please Horn » ou « Use beeper ». Certains, plus prudents, inscrivent des conseils inutiles tels que « Keep your distance ».

Sur la route, un véritable zoo : Voitures, pousses-pousses, rickshaws à moteur, cela va sans dire mais chameaux et éléphants c est déjà plus surprenant. Vélos, camions, charrettes chargées à outrance, vaches, chiens errants, porcs, piétons... tout ce petit monde se croise, se bouscule, se coupe la route. Ceci dit, malgré un bon nombre de sursauts, de crispations provoquées par la vue d'un accident imminent, je n'ai jamais vu d'accrochage. Ces gens sauraient ils ce qu’ils font ?

Le point de vue de piétons :
Que fait un piéton sur la route, me direz-vous ?! Et bien c est qu’il n'a pas le choix parce que quand le trottoir n'est pas envahi par les marchands, il est inexistant, effondré, ou jonché d ordures ou remplacé par un égout à ciel ouvert (dont les indiens – hommes, femmes ou enfants - se servent volontiers de WC public – n'en déplaise aux passants). Nous sommes donc contraints d'affronter le trafic et surtout les 1001 rickshaw men dont la vie semble dépendre de la course qu’on pourrait leur payer tant ils sont harcelants. Et le pire c est qu’ils se succèdent à quelques secondes d'intervalle. J'ai le sentiment d'être ce chien en plastique que l'on place à l arrière des voiture et qui hoche la tête en permanence. A la différence près que je fais non non non non non non non nonononononononononojnojjdnonononno DJUJUUU !!!

Si l'on voit, en Inde, beaucoup de pauvreté, de souffrance, d'horreurs (des images dures qui m'arrachent des larmes de révolte, d'impuissance, de honte aussi), on y voit également beaucoup de splendeurs et de richesses : Le Fort Rouge de Delhi en est un pâle exemple. A Jaipur, nous avons vu le City Palace, l'observatoire qui fut construit au 18eme siècle et qui étourdit par la complexité et la précision de ses instruments de mesure pour déterminer l'heure les horoscopes, l'amplitude des astres...), Tiger Fort, tous des monument superbes mais eux même moins beaux et moins impressionnants que le Fort d'Amber qui nous a coupé le souffle par sa taille , son dédale de couloirs, et sa luxueuse décoration encore +/- préservée.

Quels hommes devaient être ces Maharadjas... Quelle vie devaient avoir ses épouses et concubines ? Toute cette richesse, ce luxe me dépasse un peu. J'ai du mal à me rendre compte...
A noter : le passage secret qui menait du City palace au Palais des Vents permettait aux femmes des maharajas de traverser une partie de la ville sans être vues par la population. Du palais des vents (conçu pour permettre une aération rafraîchissante des lieux), elles pouvaient voir, cachées derrière de minuscules fenêtres, les défilés organisés lors des festivals.

Si je peux vous raconter tout cela c est grâce à Yogik. Il est guide et c'est le premier, depuis notre arrivée en Inde à s'adresser à nous ‘normalement’ (sans essayer de nous pousser à la consommation). Cela nous a tellement surpris que nous lui avons demandé de nous faire visiter le palais des vents. A la fin de la visite, il a patiemment répondu à toutes nos questions et voyant qu’énormément de sujets nous intriguaient sur l'Inde (religion, politique, système de caste, …) il nous a proposé de le rejoindre à la sortie de son travail pour que nous continuions cette conversation autour d'un Chai (thé Indien). C'est ainsi qu’en fin d après midi nous nous sommes retrouvés au bout d'une petite ruelle, dans une charmante cours à l'ombre d un arbre centenaire peuplé de singes et que nous nous sommes assis sur les quelques marches qui mènent à un temple indou.

Nous avons discuté, partagé, plaisanté pendant 2 heures et de fil en aiguille, quelques amis de Yogik se sont joints à nous. Chacun d'eux était d'une caste différente et nous n’avons quasiment pas senti de différence. Ils étaient tous cultivés et parlaient plusieurs langues. Ce fut un cadeau d'enfin avoir un échange riche avec un peuple que nous avions du mal à comprendre à bien des niveaux. Un pur moment de bonheur. Je pensais avoir eu mon lot de surprise pour la journée, j étais loin du compte: Yogik nous a invités pour le thé et peu avant de nous quitter nous a demandé d'être présents à l'occasion du mariage de son frère le 22 février. Je n'en croyais pas mes oreilles! Il nous faisait l'honneur de nous donner cette chance. Chance que jamais je n'aurais cru avoir un jour. Evidemment, revenir à Jaipur ébranle tout à fait nos projets mais Philippe et moi considérons néanmoins sérieusement ce changement de programme.

A notre retour à l'hôtel, Philippe souhaitait vérifier les possibilités de vols pour être présent à ce mariage. A la réception, Philippe remarque un couple avec un laptop et entreprend de leur demander la permission de l'utiliser. Le hasard à voulu qu’ils soient liégeois et qu’ils soient au terme d’un voyage autour du monde d'un an. Inutile de dire que nous avons eu bien des choses à partager. Ils quittaient Jaipur le soir même mais nous espérons les recroiser une dernière fois à Udaipur.

De Jaipur à Puskar :
Nous avons compensé le confort du train de Jaipur à Ajmer par un bus tape-cul pour atteindre Puskar.
Une fois arrivés, le mot d'ordre pour l'hôtel était ‘CALME’. Après avoir passé 4 jours dans une cacophonie incessante, réveillés chaque matin à 6h00 par les chants de prières musulmanes émanant de mauvais parlophones, nous voulions nous reposer. Nous avons trouvé une petite auberge familiale un peu reculée. Nous y avons trouvé une vraie ménagerie: 2 chèvres, un chien, (qui, c'est exceptionnel, est leur animal domestique. Ici, la plupart des chiens sont errants et vivent en bandes, ce qui donne parfois lieu à d'horribles bagarres), un chat et toute la famille indienne. Nous avons été accueillis avec un large sourire et si la chambre n'est pas vraiment propre ni lumineuse, leur gentillesse nous a convaincu de rester les 3 jours que nous avons passés à Pushkar.

Sinon, qu’a t'on fait à Pushkar? Ce qu’on y fait le mieux; flâner dans les petites rues marchandes et autour du lac sacré. Nous avons croisé quelques paons, perroquets, martin pécheurs. Nous nous sommes aussi fait surprendre par un chameau (ces bébêtes, on dirait qu’elles ont des pantoufles : que ça court ou que ça marche, on ne les entend pas arriver et l'un d eux a failli renverser Philippe :-). Bref, ici je suis enfin parvenue à baisser un peu la garde, et ça m'a fait un bien fou.

Malheureusement, tout le bénéfice de Pushkar est parti en fumée à Johdur. Lors de mon premier voyage, j'avais gardé un fabuleux souvenir de cette ville. Il semble que cette fois ci, le quartier que nous avons choisi était plus stressant ou alors seraient-ce les images dures que j'y ai vues? (j'ai tant de mal à supporter la souffrance des gens ou des animaux). Quoi qu’il en soit, Je m'y suis sentie si mal que j'en arrivais à considérer chaque heure passée ici comme une petite victoire. Philippe a de nouveau fait preuve de beaucoup de patience et je suis décidément impressionnée par son calme.

Ca allait mieux le lendemain et nous sommes partis pour une belle journée de visite. Johdpur, la ville bleue, est, c'est sur, une jolie ville mais nous faisons le choix de ne pas nous y attarder et réservons un bus pour le jour suivant.
Cette fois ci, le bus est un bus de Luxe. Philippe et moi avons une couchette! Ce voyage eut été parfait si ce bus n était pas doté d'une !#*$!& #*$##- !! de klaxon. Sans déconner, les boules quies n’ont pas quitté le fond de mes oreilles durant tout le voyage (qui a bien duré 7h) !
Anecdote qui n'a rien à voir: Phil et moi avons acheté, avant de partir, un super- méga-essuie de bain qui peut absorber jusqu’à 9 fois son poids en eau (c'était marqué sur l'emballage) et qui prend 3 fois rien comme place. L'inconvénient c'est que le temps qu’on gagne à ne pas devoir caser et pousser une grosse serviette dans un sac bourré à craquer, on le perd à chercher ce super méga essuie de bain. En effet, il est si compact (7/5 cm) qu’il peut se cacher entre 2 boites de médicaments! Et, croyez le ou pas il adore jouer à cache cache.

Oh, encore une chose: contre toute attente, il fait froid ici. Si froid que nous avons quasi la totalité de nos vêtements sur le dos. L avantage est bien entendu que notre sac est plus léger ;-). Mais malgré nos précautions, j'ai choppé un rhume et, le comble, c'est que j ai tous les médicaments du monde dans mon sac sauf de quoi calmer la toux ou déboucher le nez.
Voila pour notre premier mail. Si vous ne vous êtes pas endormis, j'espère tout au moins qu’il vous aura fait sourire.

Si vous avez une minute pour nos donner quelques nouvelles, nous en serions heureux.
Avec toute notre affection,

Philippe et Laetitia

4 commentaires:

Sébastien a dit…

Salut les routards,

Content d'avoir des nouvelles de vous...
Laetitia: félicitation, bonne écriture, on s'y trouverait...

Je m'attendais bien que le début de votre voyage soit quelque peu difficile, le temps de s'habituer mais je pense que vous allez prendre le pli rapidement!

C'est vraiment sympa de pouvoir suivre votre trip...
Vous êtes déjà invités à partager un mariage... Pas mal!!!

Je vois que Philippe se laisse déjà pousser la barbe :-) Espérons qu'il ne revienne pas sik!!!

Phil: Y a des motos la-bas :-)???

Je vous souhaite bonne route et n'hésitez pas à garder votre blog up to date...

Bises, Seb et Nath.

Anonyme a dit…

Bon voyage et bon vent. Profitez un max de cette merveilleuse opportunité. Meci de tenir votre blog à jour, c'est fort amusant ... et prenez beaucoup de notes, la mémoire ayant la fâcheuse habitude de tout mélanger :-).
Tom

Xavier Dimartinelli a dit…

Hello les baroudeurs,

Je constate que vous vivez une expérience très particulière et qu'à la vue des photos, vous vous en mettez plein les yeux.

Dur dur le début avec la découverte ou redécouverte d'un monde fort différent du quotidien européen... C'est génial ce petit blog et n'hésitez pas dés que vous en avez le temps à mettre de nouvelles photos et commentaires.
Merci pour cette bulle de dépaysement qui me fait penser à autre chose que le quotidien chargé de mon côté... avec mariage, anniversaires et bcp de boulot à nouveau.

En attendant de vos newz, je vous souhaite à tous les deux de très chouettes et longues vacances ;-)

Xa (dimi)
PS: La prochaine fois je ferai un post chez le Phil pour pas faire de jaloux! lol

Unknown a dit…

Content de savoir que tout le monde va bien.

Pour ce qui est des médicaments pour la toux et le nez bouché... je viendrais bien te livrer mais c'est quoi encore ton assistance ??? lol

En tous les cas, c'est super de pouvoir participer à votre voyage depuis son salon (ou ses toilette).

Bises à tous les deux.

Fred